SOCIETE REALISTE, EU Green card lottery : the lagos file, détail Espace UN NOUS, 2009, Installation - Photo: Blaise Adilon
Un autre collectif, plus grave, qui a pour nom Société Réaliste, a pastiché la loterie organisée annuellement par le gouvernement américain pour obtenir une green card, un permis de travail permettant l'émigration aux Etats-Unis. Ce collectif, qui développe des projets liés au design politique, à l’économie expérimentale, à l’ergonomie territoriale et au conseil en ingénierie sociale, interroge cet état de fait en suggérant d’inverser le flux de l’immigration en réclamant une carte verte permettant de fuir vers l’Europe. Le projet a rapidement été débordé par un afflux de demandes en provenance des pays du Tiers-Monde, des candidats qui croyaient l'offre réelle!
Collectif toujours, plus informel, Un Nous qui interroge régulièrement les notions de rencontre et d’échange. Un Nous renoue avec l'architecture utopique, sous forme de maquettes d’étudiants et projets abandonnés qui auraient dû disparaître à l’issue des études aux écoles supérieures d’architecture. Une œuvre composée d’un volume rectangulaire percé de fenêtres en plexi coloré qui permettent de voir une ville utopique constituée de différents fragments. Des affiches et travaux graphiques ajoutent aux murs des avertissements et des interrogations: "Le peuple manque", "Artistes, encore un effort". ("Des efforts, on en réclamerait à certains artistes qui tombent dans le danger inhérent à la thématique politique !").
Ceren OYKUT, Tsunami, Peinture murale - Photo: Blaise Adilon. Latifa ECHAKHCH, Linoleum gravé, installation au sol, 100m2
Le tsunami de dessins muraux de la Turque Ceren Oykut, "Please, Help Yourself" est un enchevêtrement de plusieurs dessins racontant une histoire qui s’achève en apocalypse. À mi-chemin entre la BD, la fresque et la décoration murale, le soin apporté à chaque personnage manifeste une grande maîtrise où se mêlent culture populaire et culture savante. Ceren Oykut puise ses images dans le chaos subtil de la vie quotidienne d’ d’Istanbul aux flux continus et aux contrastes exacerbés. L’artiste s’intéresse avant tout aux "petits", à ceux qui frôlent l’exclusion: vendeurs de journaux, sniffeurs de colle, chômeurs ou animaux errants.
B. ABIDI, Karachi, 6 photographies duratrans -Photo: Blaise Adilon Hoy Cheong WONG, Days of Our Lives, Photographie numérique
Les photos prises à la tombée du jour à Karachi par la Pakistanaise Bani Abidi illustrent la façon dont des citoyens ordinaires parviennent à détourner la rue pour en faire un espace domestique. Une réappropriation fragile mais flagrante de l’espace public. Les autres photos, dessins et film racontent avec humour les injonctions et l’irruption, sous ses formes les plus évidentes ou les plus discrètes, du pouvoir gentiment ridiculisé.
L’irlandais Alan Bulfin propose une vidéo à la limite du supportable, mais d'autant plus efficace qu'elle met en scène l’agression physique d’une personne filmée à l’aide d’un téléphone portable, et où toutes les ficelles du cinéma amateur sont utilisées et démontées.
P. REYES, Palas Por Pistolas, Installation vidéo. - Photo: Balise Adilon M. FATMI, Ghosting, bandes magnétiques, 5 photocopieurs
L’oeuvre Palas Por Pistolas de Pedro Reyes provient des suites d’un programme lancé à l’initiative de l’artiste par le gouvernement mexicain, consistant à "déposer" les armes en circulation illégale pour éradiquer, ou tout au moins limiter leur usage. L’artiste a ainsi fondu le métal provenant de 1527 armes pour réaliser autant de pelles qui servent ensuite à planter des arbres partout où l’œuvre est exposée, grâce au concours de différentes associations.
Eko NUGROHO, L'arc en ciel sous la pierre. Eulàlia VALLDOSERA, La cocina (the kitchen). - Photo: Blaise Adilon
L’indonésien Eko Nugroho accueilli en résidence à Vaulx-en-Velin, réalise une pièce intitulée "L’Arc-en-ciel sous la pierre". À partir des questions posées par les jeunes (portant sur l’identité, la marginalité, la précarité, l’amour, l’espoir) il écrit des dialogues, réalise des marionnettes collectives, convoque DJs, rappeurs et danseuses hip hop. Le théâtre d’ombre d’Eko Nugroho combine les contes d’Orient et la réalité sociale de l’Occident avec le folklore de Guignol et le "Wayang Kulit". "En Indonésie, dit l’artiste, les personnages du "Wayang Kulit" sont destinés à vivre chacun un rôle spécifique. Les personnages que j’ai conçus avec la communauté de Vaulx-en-Velin sont libres d’assumer des rôles multiples, bons ou mauvais, d’humeur légère ou sévère."
Mingwei LEE, The Moving Garden. - Photo: Blaise Adilon. Qingyuan LIU, Only city, Gravure sur bois, poster et boîtes lumineuses
The Moving Garden ("Le jardin en mouvement") du Taïwanais Mingwei LEE crée une situation qui modifie les relations de l’échange (le plus souvent) marchand en nous demandant d’offrir des fleurs, un simple geste pour démontrer le vrai sens de la création.
Pedro CABRITA REIS, Les dormeurs. Photo: Blaise Adilon S. DEJODE et B. LACOMBE, Off the wall -Ph: Zacharie Roy
Impossible de ne pas citer également l’œuvre au néon en 3 dimensions du Portugais Pedro Cabrita Reis. Cet artiste explore les relations entre l’art, l’espace et l’architecture. Ses sculptures et installations subliment des matériaux industriels et autres éléments de construction standardisés qui sont à la fois familiers et triviaux. Les réminiscences que suscitent ces matériaux rendent le réel infiniment fragile et génèrent ainsi une véritable alchimie du quotidien.
Entre réalisme et utopie, l’œuvre«in situ» intitulée "Floating Land" de Sophie Dejode et Bertrand Lacombe déréalise son environnement. Il s’agit d’une façade en bois, à la fois féerique et guerrière qui renferme un espace labyrinthique modulable. Conçue comme une sorte de micro-nation errante, "Floating Land" fabrique des espaces de vie et de création qui se modifient au fil de ses déplacements et selon les désirs et projets de ses résidents… Ces derniers sont choisis par Dejode et Lacombe, qui court-circuitent par là même le rôle de l’institution en tant qu’autorité artistique !
Les événements les plus importants sont ces petites choses qui arrivent dans la rue", disait l'artiste Fluxus George Brecht, mort en 2008 et dont les œuvres dispersées dans les salles font office de fil rouge pour la visite. Son aphorisme pourrait résumer la meilleure part de cette Biennale.
Source: www.biennaledelyon.com










