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Publié le 17/10/2009
Par savaneafric

       SOCIETE REALISTE, EU Green card lottery : the lagos file, détail                 Espace UN NOUS, 2009, Installation     - Photo: Blaise Adilon
Un autre collectif, plus grave, qui a pour nom Société Réaliste, a pastiché la loterie organisée annuellement par le gouvernement américain pour obtenir une green card, un permis de travail permettant l'émigration aux Etats-Unis.
Ce collectif, qui développe des projets liés au design politique, à l’économie expérimentale, à l’ergonomie territoriale et au conseil en ingénierie sociale, interroge cet état de fait en suggérant d’inverser le flux de l’immigration en réclamant une carte verte permettant de fuir vers l’Europe. Le projet a rapidement été débordé par un afflux de demandes en provenance des pays du Tiers-Monde, des candidats qui croyaient l'offre réelle!
Collectif toujours, plus informel, Un Nous qui interroge régulièrement les notions de rencontre et d’échange. Un Nous renoue avec l'architecture utopique, sous forme de maquettes d’étudiants et projets abandonnés qui auraient dû disparaître à l’issue des études aux écoles supérieures d’architecture. Une œuvre composée d’un volume rectangulaire percé de fenêtres en plexi coloré qui permettent de voir une ville utopique constituée de différents fragments. Des affiches et travaux graphiques ajoutent aux murs des avertissements et des interrogations: "Le peuple manque", "Artistes, encore un effort". ("Des efforts, on en réclamerait à certains artistes qui tombent dans le danger inhérent à la thématique politique !").

Ceren OYKUT, Tsunami, Peinture murale - Photo: Blaise Adilon.         Latifa ECHAKHCH, Linoleum gravé, installation au sol, 100m2

Le tsunami de dessins muraux de la Turque Ceren Oykut, "Please, Help Yourself" est un enchevêtrement de plusieurs dessins racontant une histoire qui s’achève en apocalypse. À mi-chemin entre la BD, la fresque et la décoration murale, le soin apporté à chaque personnage manifeste une grande maîtrise où se mêlent culture populaire et culture savante. Ceren Oykut puise ses images dans le chaos subtil de la vie quotidienne d’ d’Istanbul aux flux continus et aux contrastes exacerbés. L’artiste s’intéresse avant tout aux "petits", à ceux qui frôlent l’exclusion: vendeurs de journaux, sniffeurs de colle, chômeurs ou animaux errants.
Les linoléums posés au sol et gravés de la Marocaine Latifa Echakhch, interrogent les zones de contacts induits par la coexistence de différentes cultures au sein d’un même territoire. Utilisant des matériaux délibérément modestes mais toujours chargés d’affect, l’artiste joue avec certains symboles et traditions du Maroc et de la France où elle vit. Les dessins de l’artiste au sol incluent aussi les logos de différents bailleurs sociaux et autres images associées à l’habitat modéré. 

    B. ABIDI, Karachi, 6 photographies duratrans -Photo: Blaise Adilon      Hoy Cheong WONG, Days of Our Lives, Photographie numérique
Les photos prises à la tombée du jour à Karachi par la Pakistanaise Bani Abidi
illustrent la façon dont des citoyens ordinaires parviennent à détourner la rue pour en faire un espace domestique. Une réappropriation fragile mais flagrante de l’espace public. Les autres photos, dessins et film racontent  avec humour les injonctions et l’irruption, sous ses formes les plus évidentes ou les plus discrètes, du pouvoir gentiment ridiculisé.
L’œuvre "Days of your lives" (jours de nos vies) du Malaisien Hoy Cheong WONG reprend des activités domestiques quotidiennes (lecture, détente, la pauvreté ou la guerre..) avec des modèles issus d’origines diverses (Nigérians, Iraniens, Turcs, Birmans...). Son œuvre sonde la complexité des appartenances culturelles. "En racontant sa propre histoire ou en s’appropriant des personnages célèbres de l’imaginaire fantasmatique de la vie ordinaire, ou bien les récits fictifs, l’artiste met en scène les tensions culturelles et les préjugés qui sont à l’oeuvre dans nos mondes post-coloniaux".
L’irlandais Alan Bulfin propose une vidéo à la limite du supportable, mais d'autant plus efficace qu'elle met en scène l’agression physique d’une personne filmée à l’aide d’un téléphone portable, et où toutes les ficelles du cinéma amateur sont utilisées et démontées.

P. REYES, Palas Por Pistolas, Installation vidéo.  - Photo: Balise Adilon         M. FATMI, Ghosting, bandes magnétiques, 5 photocopieurs

L’oeuvre Palas Por Pistolas de Pedro Reyes provient des suites d’un programme lancé à l’initiative de l’artiste par le gouvernement mexicain, consistant à "déposer" les armes en circulation illégale pour éradiquer, ou tout au moins limiter leur usage. L’artiste a ainsi fondu le métal provenant de 1527 armes pour réaliser autant de pelles qui servent ensuite à planter des arbres partout où l’œuvre est exposée, grâce au concours de différentes associations.
L’œuvre "Ghosting" de de mounir fatmi confrontent des mondes culturels qui se superposent plus qu’ils ne s’affrontent sans jamais vraiment se rencontrer. La question de la duplication des mémoires, de leur usure, et par conséquent du bégaiement des transmissions culturelles et mentales est au cœur de cette œuvre. Le visiteur est invité à utiliser les photocopieurs, mais que conservent-ils de ce jeu ? Une image vide ? La trace vaine d’un rectangle de papier ? Comment aujourd’hui construit-on une mémoire, comment s’écrit l’histoire ?

       Eko NUGROHO, L'arc en ciel sous la pierre.                      Eulàlia VALLDOSERA, La cocina (the kitchen).        - Photo: Blaise Adilon

L’indonésien Eko Nugroho accueilli en résidence à Vaulx-en-Velin, réalise une pièce intitulée "L’Arc-en-ciel sous la pierre". À partir des questions posées par les jeunes (portant sur l’identité, la marginalité, la précarité, l’amour, l’espoir) il écrit des dialogues, réalise des marionnettes collectives, convoque DJs, rappeurs et danseuses hip hop. Le théâtre d’ombre d’Eko Nugroho combine les contes d’Orient et la réalité sociale de l’Occident avec le folklore de Guignol et le "Wayang Kulit". "En Indonésie, dit l’artiste, les personnages du "Wayang Kulit" sont destinés à vivre chacun un rôle spécifique. Les personnages que j’ai conçus avec la communauté de Vaulx-en-Velin sont libres d’assumer des rôles multiples, bons ou mauvais, d’humeur légère ou sévère."
Dans ses installations, l’Espagnole Eulàlia Valldosera crée une constellation de moments centrés sur le corps, l’intimité domestique et les objets du quotidien. Les archétypes féminins ont une place centrale dans son œuvre, qui dissèque et interroge l’environnement familial, la maternité, les fluides corporels ou le regard masculin.

   Mingwei LEE, The Moving Garden.  - Photo: Blaise Adilon.              Qingyuan LIU, Only city, Gravure sur bois, poster et boîtes lumineuses

The Moving Garden ("Le jardin en mouvement") du Taïwanais Mingwei LEE crée une situation qui modifie les relations de l’échange (le plus souvent) marchand en nous demandant d’offrir des fleurs, un simple geste pour démontrer le vrai sens de la création.
L’œuvre "The Only City" du Chinois LIU Qingyuan associé avec le collectif YAH Lab est une véritable métaphore de la ville contemporaine. Elle présente d’un côté 60 enseignes lumineuses réalisées à partir de gravures sur bois. Une diversion ironique des modes de consommation du paysage  urbain et se présente sous la forme d’une rue commerçante chinoise.
 
                      TAMA ~ project "side effects", Side Specific.                                                       RIGO 23, Gauche Droite.   - Photo: Blaise Adilon
Le collectif T.A.M.A. - Project "Side Effect" étudie depuis des années la situation des Roms en Europe. Cette oeuvre collective est menée parallèlement à un projet interdisciplinaire financé par l’UE impliquant l’Italie, le Royaume-Uni, la Grèce et la Roumanie. Si les Roms (gitans, tziganes…) sont reconnus comme ethnie à part entière par l’UE, ils n’en demeurent pas moins le peuple face auquel les préjugés et les stéréotypes demeurent les plus vivaces.
En résidence au Grand Parc Miribel Jonage (Lyon, Villeurbanne, Vaulx-en-Velin, Décines, Meyzieu, Jonage, Jons), le collectif néerlandais Bik Van der Pol décide de concevoir une plateforme/plongeoir qui accueillera les baigneurs. La scène est filmée depuis la plage. Très vite, le ponton est pris d’assaut (il n’y a pas de plongeoir sur cette plage) et la caméra est oubliée. Mais suffit-il d'installer un ponton-plongeoir sur un plan d'eau, à la plus grande joie des enfants, pour faire œuvre, comme semble le croire ce collectif néerlandais?
"Gauche, droite". Les peintures murales  réalisées par le Portugais Rigo 23 sur les silos extérieurs de la Sucrière sont des affirmations anodines que chacun appréhendera à l’aune de sa propre expérience. Elles ne nous imposent aucune décision.

              Pedro CABRITA REIS, Les dormeurs. Photo: Blaise Adilon                               S. DEJODE et B. LACOMBE, Off the wall -Ph: Zacharie Roy

Impossible de ne pas citer également l’œuvre au néon en 3 dimensions du Portugais Pedro Cabrita Reis. Cet artiste explore les relations entre l’art, l’espace et l’architecture. Ses sculptures et installations subliment des matériaux industriels et autres éléments de construction standardisés qui sont à la fois familiers et triviaux. Les réminiscences que suscitent ces matériaux rendent le réel infiniment fragile et génèrent ainsi une véritable alchimie du quotidien.
Entre réalisme et utopie, l’œuvre«in situ» intitulée "Floating Land" de Sophie Dejode et Bertrand Lacombe déréalise son environnement. Il s’agit d’une façade en bois, à la fois féerique et guerrière  qui renferme un espace labyrinthique modulable. Conçue comme une sorte de micro-nation errante, "Floating Land" fabrique des espaces de vie et de création qui se modifient au fil de ses déplacements et selon les désirs et projets de ses résidents… Ces derniers sont choisis par Dejode et Lacombe, qui court-circuitent par là même le rôle de l’institution en tant qu’autorité artistique !
Pour la Biennale 2009, Huang Yong Ping réinstalle «Tête d’Or», œuvre conçue lors de l’exposition "Le Moine et le Démon" au MACLyon en 2004. Construite sur le toit du Musée et surplombant ainsi le Parc de la Tête d’Or de Lyon qui lui fait face, l’œuvre est la reproduction à l’or fin d’un pavillon de la dynastie Song. Les feuilles d’or du pavillon font le lien avec une légende urbaine qui veut qu’en 1853, un colon Juif ait enterré dans le Parc de la Tête d’Or le moulage en or de la tête du Christ."
Les événements les plus importants sont ces petites choses qui arrivent dans la rue"
, disait l'artiste Fluxus George Brecht, mort en 2008 et dont les œuvres dispersées dans les salles font office de fil rouge pour la visite. Son aphorisme pourrait résumer la meilleure part de cette Biennale.
Source: www.biennaledelyon.com
A suivre...
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